Harcèlement scolaire : aider ton enfant à se défendre
Le harcèlement, ce ne sont pas “des histoires d'enfants”. C’est une violence répétée, qui abîme l’estime de soi, le système nerveux… et parfois la vie d’un enfant.
Dans cet article, je te propose de :
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Clarifier ce qu’est vraiment le harcèlement (et ce qui n’en est pas)
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Voir pourquoi les enfants neuro-atypiques sont particulièrement concernés
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T’expliquer l’approche d’Emmanuelle Piquet
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Te donner une boîte à outils concrète de parent-coach pour ton enfant.
1. Harcèlement scolaire : de quoi on parle exactement ?
En France, on parle de harcèlement quand il y a :
- Des violences répétées
- Un déséquilibre de pouvoir : nombre, force, position sociale, réputation
- Une intention de nuire ou, au minimum, un plaisir à humilier / dominer.
Ce n’est pas deux enfants qui se chamaillent chacun leur tour ni un conflit ponctuel ou un désaccord fort qui se règle ensuite.
C’est, par exemple :
- Un enfant qui se fait insulter, imiter, ridiculiser quotidiennement/régulièrement
- Une élève mise à l’écart, ignorée, personne ne lui parle pendant des semaines
- Des moqueries répétées sur son corps, son handicap, sa différence, sa famille
- Un groupe WhatsApp ou Snap qui tourne en boucle sur son dos
- Des menaces, du chantage, du racket...
Le critère clé :
Ce n’est pas “une fois” : c’est un scénario qui se répète.
Et l’enfant ciblé n’arrive plus à s’en sortir seul.

2. Où on en est aujourd’hui en France ?
Les dernières grandes enquêtes nationales disent à peu près ça :
- En moyenne, plus d’un élève par classe est victime de harcèlement
- Environ 5 % des écoliers, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens seraient concernés
- Les filles sont plus touchées par le harcèlement “psychologique” (mise à l’écart, rumeurs…), les garçons par les bagarres et violences physiques.
Donc non, ce n’est pas “rare”.
Et ce n’est pas réservé aux “mauvais collèges de banlieue”. Ça se passe en école privée, en collège de campagne, dans les bus scolaires, dans les groupes privés sur Insta, Snap, etc.
Et quand le système ne protège pas ?
On finit avec des drames comme l’affaire Evaëlle, 11 ans, harcelée par des élèves et une enseignante, qui finit par se suicider (2019).
Je vous parle aujourd'hui des institutions qui ferment les yeux trop longtemps.
Mais aussi du manque de communication entre les parents et l'équipe enseignante, avec des blocages, des peurs : "J'ai peur d'être étiquetée comme la mère chiante".
Mais aussi des peurs venant des ados et des enfants : "Si je parle, ça va faire pire, je vais la balance, je vais subir les vengeances"."
3. Pourquoi les enfants neuro-atypiques sont des cibles “parfaites”
Si ton enfant est TDAH, TSA, HPI / hypersensible, dys, etc., il coche malheureusement beaucoup de “cases à risque” (sans que ce soit une fatalité):
- Différence visible : gestes, façon de parler, centres d’intérêt, tics, stims…
- Décalage social : malentendus, second degré mal compris, ironie mal perçue
- Hyperréactivité émotionnelle : il/elle réagit fort → c’est une “bonne prise” pour le harceleur
- Surcharge sensorielle : bruit, lumière, foule → fatigue, irritabilité, effondrements.
Nous, êtes humains, avons souvent peur de l'inconnu, de ce qui nous paraît hors de notre zone de confort, ce qui nous est familier.
Face à ça, les réponses classiques qu’on donne aux enfants (“Ignore-les”, “Réponds pas”, “Sois plus fort”) sont souvent impossibles à appliquer.
Un enfant TDAH ou TSA ne peut pas “ignorer” facilement une agression sociale répétée.
Son cerveau lit ça comme un danger vital : “Je vais être rejeté du groupe, donc en danger.”
C’est exactement là que l’approche d’Emmanuelle Piquet devient précieuse : elle ne demande pas à l’enfant d’être “zen” ou “indifférent”, mais elle lui propose de changer la scène.
Elle l'invite à prendre son pouvoir et ne pas être sélectionnée par l'agresseur comme une victime.
Pour qu'il y ait un bourreau, il faut une victime, nous dit le triangle de Karpman. Le harceleur cherche une prise et un public ; l’objectif, c’est de lui enlever la prise tout en exigeant la protection des adultes
"Ce n'est pas de ta faute si on t'embête, mais tu as du pouvoir !"
Rien de pire dans la vie que de se sentir impuissant et spectateur de ce qui nous arrive. Reprendre du pouvoir c'est devenir acteur et ça, ça change tout.
4. Qui est Emmanuelle Piquet et ce qu’elle apporte de différent
Emmanuelle Piquet est psychopraticienne, fondatrice de centres de consultation spécialisés dans les souffrances scolaires (dont le harcèlement), inspirée par l’école de Palo Alto.
Elle a notamment écrit :
- Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l’école
- Le harcèlement scolaire en 100 questions
- Je me défends du harcèlement (pour les enfants)
Son parti pris est très clair :
On n’aide pas un enfant harcelé en le surprotégeant et en faisant tout à sa place.
On l’aide en lui rendant du pouvoir sur la scène, en le rendant capable de se défendre lui-même, tout en exigeant la protection de l’institution.
Elle travaille sur deux axes :
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La scène relationnelle : ce qui se passe entre les enfants (ou entre un adulte et un enfant)
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La posture des adultes : parents, enseignants, institution.
C’est une vision qu’on peut qualifier de “stratégique” :
- On décortique le scénario
- On identifie la prise que le harceleur utilise
- On co-construit des ripostes courtes, déstabilisantes
- On s’entraîne comme à un art martial : c’est l’idée d’aïkido verbal.
Le jeu de rôle est souvent peu utilisé et pourtant un outil essentiel de la parentalité !
5. Aïkido verbal : casser le scénario, pas casser l’autre
Le cœur de la méthode, ce n’est pas d’apprendre à ton enfant à “répondre encore plus méchamment”, ce qui risquerait de créer un effet "escalade" sans fin. C’est d’apprendre à déjouer l’attaque (un peu comme Néo dans Matrix), refuser le rôle de victime silencieuse et rendre la prise inefficace.
En gros, on a toujours le même triangle :
- Harceleur
- Enfant harcelé
- Témoin(s)
Le harceleur cherche une réaction (peur, larmes, colère, justification), et un public (pour nourrir son statut, son ego). Et attention, l'enfant harceleur est un enfant en souffrance, il se s'agit pas ici de le diaboliser car je sais que derrière l'écran, il peut aussi y avoir des parents d'enfants harceleurs honteux et démunis !
Nous parlons ici en se positionnant du côté de l'enfant qui pourrait devenir victime...
Si ton enfant ne réagit plus “comme prévu”, casse le scénario avec une phrase courte et une posture différente, le harceleur perd une partie de son carburant.
Ça peut être (à adapter à l’enfant, évidemment) :
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Assumer ce qu’on lui reproche :
“Oui, je suis bizarre, et franchement, je préfère ça à être en mode copie conforme.”
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Retourner la situation :
“Tu dois vraiment t’ennuyer pour passer autant de temps sur moi.”
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Refuser le jeu :
“Si tu recherches un public, tu t’es trompé de personne.”
(Et l’enfant s’éloigne.)Un simple "Et alors ?" peut aussi faire l'affaire !
Est-ce que ça marche à tous les coups ? Non. Mais ça change deux choses énormes :
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L’enfant n’est plus passif
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Beaucoup de harceleurs, quand la prise ne fonctionne pas ou plus, se lassent ou changent de cible (ce qui, à terme, doit aussi être pris en charge par les adultes).
6. Et les adultes dans tout ça ?
On ne va pas se mentir : tu peux tomber sur une équipe pédagogique en or, réactive, formée, avec un référence harcèlement et tout un protocole à suivre. Il n'est pas rare que ce soit si bien géré que l'enfant "victime" et le harceleur ou l'un d'entre eux se comprennent enfin, se voient et deviennent amis (oui, nos enfants et ados sont parfois surprenants !).
Tu peux aussi tomber sur du déni, du “on n’a pas les moyens”, du “c’est sa sensibilité”, du “il exagère”.
Voire même sur une équipe enseignante qui ne réalise qu'elle fait partie du problème, avec des enseignants qui se moquent ou harcèlent des collègues !
Donc, où est-ce que tu as du pouvoir d'action ?
1 : Comment agir avec ton enfant ?
Ta mission, ce n’est pas de tout faire à sa place, mais de :
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L’écouter sans minimiser et lui offrir une safe place :
“Ce que tu vis est sérieux.”
“Bravo et merci de m’en parler.” -
Cartographier précisément : Qui ? Quoi ? (mots exacts, gestes) Où ? Quand ? Devant qui ? À quelle fréquence ?
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Co-créer des réponses réalistes pour lui/elle via notamment des jeux de rôles
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Travailler la posture : se redresser, respirer, regarder l’autre en face quelques secondes, posture de confiance (power posture), regard haut et pas de chien battu...
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Renforcer les zones de réussite : activités où ton enfant ou ado se sent compétent et apprécié.
Je t'invite à t'inscrire chaque année au Sommet du Harcèlement Scolaire pour apprendre toutes ces techniques et bien plus !
2 : L’institution
Là, on sort de la naïveté.
En France, il existe :
- Un plan national de lutte contre le harcèlement
- Le programme pHARe (prévention et prise en charge)
- Numéro dédié 3018 : harcèlement et violences numériques
- Des textes très clairs sur le fait que le harcèlement est une infraction pénale.
En pratique, ton rôle, c’est de demander des rendez-vous formels (enseignant, CPE, direction), rédiger un écrit récapitulatif des faits (mails, courrier) et demander quelles mesures sont mises en place, dans quels délais et ccomment le suivi sera assuré.
Il est aussi essentiel que tu puisses travailler sur toi : tes blessures d’enfance, tes angoisses, tes déclencheurs émotionnels… pour traverser cette période avec davantage de recul et d’équilibre.
Parce que quand ton propre système nerveux est en alerte, tu risques de sur-réagir à chaque difficulté que vit ton enfant, avec les meilleures intentions du monde , mais parfois au point de l’empêcher d’expérimenter, de se tromper, de chercher… et de résoudre certaines choses par lui-même.
Et sans t’en rendre compte, tu peux lui “voler” des occasions précieuses de construire sa confiance en lui.
Ne sous-estimons jamais de quoi nos enfants sont capables. 💛
Et si ça ne bouge pas, tu peux :
- Saisir les référents “harcèlement” du rectorat
- Appeler les numéros nationaux
- Envisager, avec des professionnels, le changement d’établissement si la sécurité de ton enfant n’est pas assurée (ou une pause le temps d'apaiser la situation).

7. Ta boîte à outils “parent anti-harcèlement”
Voici un protocole que tu peux quasiment suivre comme une checklist.
Étape 1 : Ouvrir un espace de parole
Tu peux poser ce genre de questions, en douceur :
- “Est-ce qu’il y a des moments à l’école où tu te sens mal dans ton corps ou dans ton cœur ?”
- “Quand tu penses à la récré / au bus / au self, tu ressens quoi ?”
- “Est-ce qu’il y a des enfants avec qui tu te sens en sécurité ? Et d’autres pas du tout ?”
- “Que te dit ton corps quand tu es avec X ? C'est chaud, tu te sens bien ? C'est froid, ça pique, tu te sens tout comprimé ?”
Objectif : que ton enfant sente que tout peut être dit, sans jugement, en passant notamment par les ressentis dans son corps. Quand ça pique, ça serre, quand on ressent une boule dans la gorge ou des maux de ventre, c'est que le corps parle et il est essentiel de l'écouter.
Étape 2 : Distinguer conflit / harcèlement
Avec lui/elle, tu peux visualiser :
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Conflit : chacun attaque, puis ça redescend, ça se répare
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Harcèlement : toujours la même personne ciblée, par la/les mêmes, de façon répétée, avec peur et honte et différence de pouvoir dans la relation.
Étape 3 : Écrire les scènes
Tu peux prendre un carnet et noter les phrases exactes, les situations typiques (bus, vestiaires, toilettes, cour), ce que ton enfant fait d’habitude (fuir, pleurer, crier, se justifier).
C’est ce matériau qui permet ensuite de construire des ripostes comme le fait Emmanuelle Piquet.
Étape 4 : Co-créer les réponses
Vous pouvez imaginer ensemble :
- Une réplique qui assume (“Oui, c’est vrai, et alors ?”)
- Une réplique qui retourne (“Tu as l’air de me connaître mieux que ma famille.”)
- Une réplique qui coupe (“Conversation terminée pour moi.” + départ et retour à mon activité précédente)
L’idée, ce n’est pas la violence verbale, mais la déprogrammation du scénario.
Tu peux même en faire un jeu de rôle : tu joues le rôle du harceleur (en le caricaturant), ton enfant s’entraîne à répondre, vous échangez les rôles pour dédramatiser.
Idée testée et validée avec ma fille ! On se filmait et on regardait la vidéo en rigolant, la scène est aussitôt dédramatisée ! (bien sûr tout dépend de la gravité de la situation et il ne vaut pas hésiter à voir un professionnel de l'accompagnement si tu ne te sens pas à l'aise).
Étape 5 : Muscler la posture
Tu peux travailler :
- La respiration (cohérence cardiaque, respiration discrète avant de répondre). Respirer est LA meilleure technique de régulation du système nerveux et des émotions !
- La posture corporelle (se redresser, détendre la mâchoire, regarder devant soi)
- Une phrase intérieure type :
“Je suis ok, il/elle peut dire ce qu’il veut, ça ne définit pas qui je suis.”
Les affiches, mantras visuels, routines du matin peuvent aider à ancrer ça.
Je te propose de télécharger notre affiche "Que faire quand quelqu'un t'embête ?" en t'inscrivant à la newsletter Grandir Zen : outils offerts, désinscription à tout moment.
Étape 6 : Ne pas lâcher l’affaire côté adultes
Tu avances en parallèle :
- Suivi école (rendez-vous + mails)
- Eventuellement suivi psy / pédopsy si ton enfant est déjà en détresse
- Appui sur les dispositifs officiels (pHARe, référents, 3020 / 3018)
Et si nécessaire, réflexion sur un changement d’environnement (classe, collège, filière).
Pense à te faire accompagnement également si cette situation te crée des angoisses qui t'empêchent de dormir, si tu sens que tu n'arrives pas à accompagner ton enfant ou ado correctement, si cela réveille des blessures en toi.
8. Ce que ça change pour ton enfant sur le long terme
Quand tu travailles comme ça, à la fois façon Piquet (aïkido verbal) et en mode parent régulateur, tu lui offres :
- Un modèle de réaction active, pas seulement “subir et encaisser”
- La preuve qu’il/elle a de la valeur, même si des camarades le traitent comme un "déchet" sans valeur
- Une expérience de puissance saine : je peux répondre, me protéger, demander de l’aide
- Et, pour les enfants TDAH / TSA / hypersensibles, une meilleure compréhension de leurs limites, leurs besoins et leurs forces (humour, créativité, intelligence, empathie…).
Tu ne peux pas promettre à ton enfant un monde sans violence ni malveillance. Mais tu peux lui apprendre à repérer les signaux, mettre des limites saines et s’entourer de personnes qui le voient réellement et l'acceptent comme il est.
Une fois qu'il se sent en confiance et en sécurité et plus au coeur de la tempête, vous pouvez réfléchir ensemble à cet épisode de vie : au-delà de la souffrance, comment cela lui a permis de grandir ?
Et ça, c’est un des plus grands cadeaux que tu puisses lui faire.


